5 juin 2015 Erik AGOSTINELLI

Rallye du Portugal 2015

 

L’occasion de ré-ouvrir le carnet de route fermé en 2013 était trop belle pour la laisser passer. Après une saison 2014 difficile où la remise en question a été permanente et où il a fallu faire des choix pour se reconstruire et aller de l’avant, celle de 2015 s’annonçait radicalement différente.

A l’origine, j’embarquais pour un programme motivant de 8 courses aux côtés de Pierre Lafay que j’avais rencontré en fin d’année dernière et avec qui le feeling était immédiatement passé. Patron d’entreprise, l’homme est intelligent, passionné et roule avant tout pour se faire plaisir et atteindre son meilleur niveau. En alternant entre le Championnat de France Terre et quelques manches mondiales, je touchais l’espoir de sortir de France et découvrir notre sport à l’étranger. Sans objectif de carrière, de formule de promotion, de résultats à proprement parlé, je retrouvais le rallye plaisir et seulement plaisir.

Je voyais cette année de transition comme une chance de prendre du recul sur mon parcours, sur cette passion qui m’anime depuis bientôt 15 ans, à laquelle j’ai tant sacrifié mais qui peut s’avérer aussi cruelle parfois. Continuer à persévérer pour se professionnaliser ou revenir sur terre et en faire seulement une passion ? Fin Février tout s’accélère.

Je reçois un appel surprise de Nicolas Bernardi qui souhaite m’exposer un projet de taille. Il me parle d’un jeune pilote qu’il encadre depuis quelques années, un certain Pierre Louis Loubet, fils d’Yves Loubet, rien que ça, qui tout juste le permis en poche va s’engager sur les routes du JWRC. je me souviens lui avoir répondu « En JWRC ?? » tellement cela me semblait irréel. Il me laisse alors quelques jours pour réfléchir et prendre une décision. Mon cœur battait la chamade, j’étais euphorique mais à la fois sceptique sur mes chances de concrétiser un tel projet. Etant ingénieur aéronautique et avec un programme sportif déjà bien ficelé, l’affaire était mal embarquée. Mais à force de dialogue, d’attente, de compromis, un accord a pu être trouvé. Miracle. Le programme utopique apparaissait bientôt comme plausible.

Je m’empresse de contacter Nicolas pour valider mon billet pour la grande aventure et embarquer dans la caravane du JWRC. Un rêve impensable il y a seulement quelques jours. Il faudra cependant passer par la case championnat de France pour valider la licence internationale de Pierre Louis qui compte pas moins de … zéro rallye à son actif ! A 2 mois du rallye du Portugal, tout reste à faire.

Rallye du Portugal-1

C’est donc du côté de Lyon que débute notre collaboration. Un rallye qui s’était brutalement fini pour moi dans une forêt détrempée en 2013. Le week-end précédent la course nous effectuons les reconnaissances, les premières de Pierre Louis qui appréhendait de pouvoir rester concentré sur autant de kilomètres. Une première étape passée sans encombre malgré son inexpérience avec un ressenti de la route assez bluffant. Je comprends rapidement à ce moment-là que je n’embarque pas avec n’importe quel débutant. Mardi direction le nord pour rencontrer notre nouvelle équipe et notre bolide fraîchement monté. Rouler chez PH Sport, c’est profiter de leur expérience des championnats mondiaux et surtout d’une organisation réglée comme un carbu double corps, primordial à ce niveau. Pierre Louis avale les kilomètres tantôt à mes côtés, tantôt avec Nicolas comme passager, histoire de valider tous les aspects du pilotage. La journée est fructueuse pour tout le monde et la confiance est au plus haut avant le départ de la course. Une course que nous terminerons finalement à une très belle 23ème place, 6ème de la catégorie R3 dominée par l’éternel Manu Guigou en étant certaines fois à seulement 1 seconde/km des meilleurs temps. Pour une totale découverte de l’auto, du copilote, des notes, d’une route mouillée en pneus du mondial non retaillés, sur un parcours largement éprouvé par les plus anciens, la satisfaction était grande à l’arrivée du rallye. Il fallait éviter le piège de vouloir trop en faire pour prouver son niveau, vouloir brûler les étapes, ou au contraire, finir juste pour finir. A ce petit jeu Pierre Louis a démontré toute sa maturité sur un premier rallye à rebondissements lorsqu’on part comme nous parmi les derniers. Nous avions donc les yeux rivés vers Porto avec le plein de confiance mais de questions aussi.

Rallye du Portugal-2

Dès le lundi nous entrons dans le vif du sujet avec la journée d’essai organisée par PH Sport. Quatre DS3 R5, 3 R3, c’est un joli cortège qui débarque non loin de Candemil. Cette première spéciale portugaise est un sacré challenge : très étroite, rapide au début puis très lente à la fin, glissante sur un sol sablonneux, il y a tout pour en faire une ! Heureusement ce ne sera pas notre cas mais la course de Cronin s’arrêtera ici. Pierre Louis est content de ses sensations avec cette voiture sur la terre et on le sent tout nettement plus à l’aise que sur l’asphalte. Surtout, ces essais, nous aurons permis de valider nos repères de volant pour les reconnaissances, ce qui sera un élément capital pour les deux prochains jours car se rendre compte en course que les angles ne correspondent pas, je n’ose pas l’imaginer …

Rallye du Portugal-3

Pendant les deux jours suivants, nous sillonnons la campagne portugaise pour créer nos fameux sésames. Même en voiture d’origine (nous avions quand même opté pour un Qashqai, pas folle la guêpe) tout s’est déroulé comme sur du papier à musique. Bon il est vrai que le premier jour avait mal commencé par ma faute : j’avais sous-estimé le nombre de voitures au départ de Fafe, notre première spéciale, si bien qu’arrivés là-bas, nous avons poireauté 30 bonnes minutes, soit l’heure de départ théorique pour notre second passage ! J’ai recalculé en permanence nos moyennes pour savoir la marge que nous avions pour effectuer le dernier passage dans la dernière spéciale de la journée et quand nous y sommes finalement arrivés dans les temps, j’ai enfin pu souffler. En définitive, la faute était plutôt bienvenue (joli rattrapage !) car cela nous a permis d’être complétement en décalé et donc d’être quasiment tout seuls sur les spéciales. Pas de soucis de poussière, de ralentissement, de charrette, l’occasion de faire de belles notes. Il fallait cependant bien respecter les limitations car un boitier GPS qui faisait office de policier personnel veillait au grain. Moi qui déteste quand on est obligé de rouler vite en reco, j’étais comblé ! De toute façon, 90km/h sur ces routes en SUV c’est limite confortable. Satisfaits de notre travail, il faudra maintenant attendre la première spéciale pour valider définitivement nos notes.

Rallye du Portugal-4

Jeudi, jour du shakedown. Cette fois nous y sommes dans le grand bain du WRC. Nous arrivons tôt à notre structure, coincée entre Hyundai et Citroën, pour débriefer sur le plan de la matinée. Le motor-home est splendide et avec nos coéquipiers Al Mutawaa et Mc Auley, nous avons largement de la place pour bien travailler. Etant limités à 3 passages, nous aurons peu de temps pour régler l’auto, d’autant plus que le tracé se trouve à 40km d’ici donc pas de véritable assistance sur place. Première liaison, première indication, je me sens comme un débutant sur un rallye régional. Un besoin de tout vérifier 20 fois pour être sûr, ne pas faire d’erreur, rester concentré. Arrivés sur place forcément nous ne sommes pas seuls et nous devrons patienter. Nous en profitons pour discuter avec la colonie de français présents sur ce rallye. En plus des équipages en JWRC au nombre de 6 quand même, nous sommes en compagnie de Julien Maurin et d’Eric Camilli. De quoi se croire sur le championnat de France et pas à 1500km de là sur la côte Atlantique. Nous effectuons un premier passage de vérification sans prise de risque et en pneus usés. On manque de se faire surprendre sur un long gauche qui referme en descente. Le passage était magnifique mais le coup de stress était bien inutile ! A l’arrivée le temps tombe et il n’est pas à la hauteur de nos espérances mais normal, rien d’alarmant. C’était un passage de « reco + ». Les deux autres passages sont plus rythmés, plus cohérents et Pierre Louis se rassure un peu. Ah ces pilotes, décidément trop pressés ! On rentre au bercail se restaurer, terminer de mettre au propre ces notes qui me hantent depuis 2 jours et il nous faudra reprendre la route pour la cérémonie de départ.

Rallye du Portugal-5

L’heure fatidique ne tarde pas et c’est en convoi que nous nous dirigeons vers Guimarães. Enfin c’est plutôt des vagues par catégories du coup ça bouche un peu à la sortie du parc au moment de faire le plein. Arrivés sur place, une large foule nous accueille dans un décor superbe. On sent que le retour du rallye au nord du Portugal était attendu depuis longtemps. Nous parquons la voiture sur la place centrale qui fait face à un château impressionnant puis on cherche un petit coin d’ombre pour faire un peu de visionnage. L’attente est longue et c’est finalement après plus de 5 heures de tournage en rond que nous partons enfin.

Rallye du Portugal-6

Encore 1 heure de routier et nous voilà arrivés à la super spéciale de Lousada où règne une ambiance de dingue. Le cadre s’y prête parfaitement : une piste de rallycross faite pour le spectacle et des infrastructures adaptées, le public ne s’y trompe pas. Nous terminons cette spéciale mickey sans grand panache mais le rallye est définitivement lancé. Il est déjà tard lorsque nous rejoignons le parc fermé et attendre une grande partie de la journée nous a mis dans une phase léthargique proche du bulot alors au dodo !

Rallye du Portugal-7

Ce vendredi matin la pression est tout autre : cette fois pas de shakedown, de cérémonie, de piste sécurisée, aujourd’hui on attaque les spéciales, les vraies et leur lot d’inconnu. La mise en route se fera sur plus d’1 heure d’autoroute, comme souvent durant le rallye, qui rendort les organismes plus qu’elle ne les stimule. Il faudra cependant patienter encore un peu avant de goûter à la terre portugaise : un feu de forêt est reparti de plus belle dans le chrono et nous devons donc rejoindre directement la spéciale 3 par l’itinéraire bis. Cela me donnera au moins l’occasion de baptiser la deuxième partie de mon roadbook ! Avec le recul, ces deux premières spéciales ont vraiment déterminé le reste de notre course : dans le premier chrono nous avons pris la température, un peu trop peut être et Tempestini nous colle une belle gifle italienne bien assaisonnée. A partir de ce moment, Pierre Louis aurait pu lâcher les armes, se dire que le niveau était encore trop élevé pour un débutant et décider de se laisser couler jusqu’au drapeau à damier. Que nenni ! Le Porto-Vecchiais a de la ressource et un mental façonné par des années de karting et de circuit. Sur une 4ème spéciale bien plus roulante et intéressante, Pierre Louis oublie l’enjeu et roule à sa main. Résultat : un très probant 4ème temps à moins de 3s du podium. Belle réaction et à l’arrivée, il est soulagé. Soulagé de savoir qu’il est tout à fait capable malgré son inexpérience de pouvoir titiller le haut du tableau. Soulagé aussi d’avoir de la réserve, de ne pas avoir tout donné pour faire ce temps. Et moi ? Et bien comme souvent au début d’une nouvelle collaboration, il me faut un temps d’adaptation pour analyser le pilotage de mon chauffeur et comprendre où est la limite. J’ai donc fait ces deux chronos sur la réserve, essayant de me concentrer sur les notes et sur notre environnement aussi. Mais je suis soulagé de me sentir en confiance, avec un pilote qui écoute, qui est raisonné et se connait très bien. Au deuxième tour Pierre Louis aura plus de liberté.

Rallye du Portugal-8

A l’assistance de mi-journée, on apprend que le deuxième passage dans Ponte de Lima est annulé, ce qui ne me dérange guère finalement, et que Mathieu et Mathilde Margaillan ont fait une sortie violente, ce qui me touche beaucoup plus. Toutes les rumeurs circulent et il nous faudra patienter un long moment avant de savoir qu’ils sont secoués mais indemnes. Notre voiture est bichonnée, nous aussi et nous voilà repartis pour les deux prochaines spéciales. En immobilisant la Citroën au départ de Caminha, dans ces ornières d’un autre monde, on ne s’imagine pas ce que l’on va vivre d’ici quelques secondes. Juste avant le départ, je reçois le sms d’un ami qui me dit que les pilotes de pointe se sont plaints des conditions et que la route est dans un état déplorable, ça promet !

Rallye du Portugal-9

Partis sur un rythme soutenu, je peine à lire mes notes. Les trous, les cailloux et les ornières nous maltraitent comme jamais, nous sommes assis dans une essoreuse. La partie rapide devient dangereuse car nous arrivons sur des sauts qui se sont créés au fil des passages et il a fallu toute la dextérité de Pierre Louis pour conserver la bonne trajectoire. Je me dis que jamais la voiture ne va pouvoir encaisser un tel traitement : si ce ne sont pas les pneus qui explosent, c’est tout le reste qui va se disloquer. A 3km de l’arrivée, on respire enfin sur un autre revêtement roulant et rapide. On se dit qu’on a fait le plus dur mais nous subissons malheureusement la poussière de Della Casa en panne et comme il est impossible de se rapprocher pour doubler, nous perdons gratuitement une quinzaine de secondes, soit quasiment le temps nécessaire pour faire le scratch. Peu importe, l’essentiel est ailleurs. On confirme notre bon temps précédent et avec 3 abandons dans la spéciale on grimpe directement à la quatrième place au général, une belle opération.

Rallye du Portugal-10

Sur le routier pas de bruit alarmant, pas de crevaison, un miracle. Pourtant en arrivant au départ de la dernière ES, en ouvrant le capot, je m’aperçois qu’un amortisseur avant fuit sérieusement, presque un moindre mal. J’informe Pierre Louis des conséquences et du comportement qu’il risque de trouver en spéciale mais heureusement Viana do Castelo est bien plus « douce ». A part un carrefour loupé, nous avons bien assuré le coup et terminons la journée sur une bonne note pour nos débuts chez les grands. A Exponor, on tente de décrire nos impressions à notre équipe qui réalise bien vite que nous n’exagérons rien. Verdict: deux amortisseurs avant explosés, les protections dessous arrachées, des pneus à l’agonie, beaucoup de dégâts pour 36km de chrono. En 45min la DS3 est comme neuve et nous la garons au parc heureux d’avoir terminés cette première journée avec la satisfaction d’être dans le rythme.

Rallye du Portugal-11

Nous savons aussi que nous sommes loin d’être au bout de nos surprises. La journée du samedi est longue, difficile mais en sortir bien placés serait un bel avantage. J’espérais juste que les spéciales soient roulantes pour nos petites autos, lors des reconnaissances en tous cas c’était mes préférées. La première du jour, Baião, est typée Argentine au départ et plus Sardaigne lorsqu’on attaque la dernière partie à flanc de colline. D’entrée, on ne se laisse pas endormir et on part tout de suite sur un rythme soutenu. Cela parait tellement plus facile comparé à la veille. On passe Terry et Franck immobilisés sur le bord qui nous « offrent » virtuellement la troisième place. A l’arrivée nous avons pris du plaisir et on sait que ça paiera au chrono. Tout proche de Gilbert, on accroche le bon wagon de bon matin. Avec la spéciale de Marão, on attaque les longs chronos où il faut jouer plus stratégique. Celui-ci me fait penser à la Grèce dans la forêt mais c’est le passage au col qui est le plus spectaculaire entre ces énormes blocs de granit. Ça part vraiment fort, comme si on n’avait jamais arrêté la spéciale précédente. Fort mais pas déraisonné, on est juste en pleine confiance, sûr de nos notes et dans le bon état d’esprit. Avant l’arrivée au col, sur le premier plateau, on arrive sur le lieu de l’accident du numéro 33. Le pilote montre le panneau « SOS » alors sans hésiter on s’arrête immédiatement. Veiby et son copilote sont déjà sur place, Haapamäki ne va pas tarder et plutôt que de rester là, on se dirige vers le premier poste radio pour prévenir la direction de course et envoyer les secours si nécessaire. On délivre le message et on termine en liaison suivis par les autres concurrents. Je préviens l’équipe qui, forte de son expérience, rédige dans la foulée un mail à la relation concurrent pour bénéficier d’un calcul de temps forfaitaire juste.

Rallye du Portugal-12

La liaison est longue pour rejoindre le gros morceau du rallye: Fridão et ses 37km. On s’immobilise avant le départ pour monter deux pneus neufs et il est déjà l’heure de repartir. Pour une raison qui m’est encore inconnue, on nous donne 5min d’écart avec Veiby, une aubaine pour la poussière. Nous faisons quasiment un sans-faute en roulant intelligemment pour préserver nos gommes mais à 200m de l’arrivée, sur une épingle en descente, un freinage un peu optimiste et c’est le tout droit. Pas grave si seulement nous n’avions pas galéré à repasser la marche arrière. Les secondes s’égrainent et à la fin c’est bien 30s qui s’envolent. Elles pourraient nous coûter cher pour le calcul du temps forfaitaire.

Rallye du Portugal-13

Forcément un peu d’énervement et de déception de perdre notre 3ème place. C’est pourtant en arrivant à l’assistance que tout bascule. Parqué en bout de zone média, en montée, à 50m du pointage, Pierre Louis démarre la voiture et celle-ci se met au rupteur. Il a le bon réflexe de couper immédiatement le contact et j’arrive à sa hauteur pour comprendre. Il relance la procédure de démarrage et même résultat. A 1min30 de pointer, on décide de pousser l’auto. Personne ne peut nous aider, on donne tout et plus, la voiture se déplace à peine mais à force de persévérance, on arrive à hauteur du panneau, avec 2min de retard quand même. Les 10min de parc fermé me donnent l’occasion d’appeler notre ingénieur qui m’explique le problème et la façon d’y remédier. Après deux tentatives, tout revient dans l’ordre et les mécaniciens auront alors 30min pour comprendre le problème. Je peine à reprendre mes esprits et la chaleur ne m’aide pas. Le souffle retrouvé, on repart confiant quant à 3min de pointer, l’ingénieur Citroën conseille de changer la pédale d’accélérateur qui pourrait être la cause de la panne. Agitation dans le team, tout le monde s’affaire et malgré l’immense effort et mon sprint de la dernière chance, je tends mon carnet 20s trop tard, synonyme d’une nouvelle pénalité de 10s. C’est donc 30s qui viennent s’ajouter à notre écart avec Haapamäki désormais 3ème.

Rallye du Portugal-14

Mais nous ne repartons pas abattus, bien au contraire. Avec la pédale changée et même si la panne revenait, nous saurions comment y remédier. On se reconcentre et on oublie tout le reste. Je dois dire que j’ai, qu’on a, pris un pied d’enfer sur ces 2 spéciales de Baião et Marão. On a réussi à se libérer, surtout moi et on a oublié l’enjeu, la pression, les pénalités et j’en passe. On a roulé pour profiter, pour connaitre notre vrai niveau mais c’est malgré tout une petite déception de se dire qu’on loupe de peu nos premiers scratchs. Avec deux 3ème temps tout proches d’un Tempestini qui roule à caisse perdue, on a fait mieux que rester dans le match, on est allé reprendre notre troisième place au mental et toujours sans faire de bêtise. Avec la crevaison d’Haapamäki dans la 12, on dispose désormais d’un matelas confortable mais pas increvable.

Rallye du Portugal-15

Il reste quand même un gros morceau à avaler pour terminer cette longue journée de course. Le rituel ne change pas, le pneu droit d’abord, puis le pneu gauche et enfin un peu de Volvic pour se rafraichir. Les premiers kilomètres plutôt propres nous permettent de rentrer correctement dans la spéciale mais après 5-6km, le grip change radicalement et il faut rester extrêmement vigilant. Hélas, nous devons de nouveau stopper notre élan au 13ème kilomètre : Veiby alors second est sorti et bloque la spéciale. Les voitures ne tardent pas à bouchonner derrière et après dix minutes, nous parvenons à déplacer l’auto et à repartir en liaison, encore une fois. La poussière nous empêche de rester proches d’Haapamäki mais nous ne voulons pas trainer non plus car le temps imparti lui ne change pas. S’ensuit alors un long chemin de croix pour avaler les 24km qui nous séparent de l’arrivée. Enfin c’était avant le drame.

Rallye du Portugal-16

A moins de 8km de notre but, à la sortie d’une épingle gauche, la voiture prend subitement de l’angle et nous pensons avoir crevé. Mais avant même d’avoir eu le temps d’analyser la situation, nous sentons un nouveau coup à l’arrière et je comprends alors que quelqu’un essaie de passer. On s’écarte et on aperçoit Perry,  qui nous double et nous bloque dans sa poussière. On manque de tirer droit au virage suivant, encore abasourdis par la scène qui vient de se produire. Peu avant l’arrivée, sur le versant d’en face, Perry est arrêté pour une raison inconnu mais repart finalement. On en termine enfin avec ce calvaire mental et sitôt la ligne d’arrivée franchie, Joshua et Jean René nous bondissent dessus. Quelque peu remontés, nous réussissons à leur expliquer notre situation. La tension retombe et nous comprenons ce qu’il se passe. Car avant de nous doubler, ils ont du doubler 4 autres voitures, soit 5 au total. Nous apprendrons plus tard qu’il y a eu plusieurs concours de circonstance : déjà, la spéciale aurait dû être interrompue pour empêcher les concurrents de faire la queue à l’endroit de l’accident et deuxièmement, des drapeaux jaunes tout au long du parcours aurait dû être sortis pour signifier la neutralisation de la spéciale. Car il n’y a rien de plus dangereux que d’avoir un concurrent en mode course qui en rattrape d’autres en mode liaison, eux-mêmes pensant que tout le monde derrière est en liaison.

Rallye du Portugal-17

Ceci étant, nous sommes loin d’être au bout de nos surprises. En entrant sur l’autoroute, on sent la voiture glisser du train arrière et on se dit alors que lors de la poussette, notre train arrière à quelque peu souffert. On roule, on roule et, alors qu’on doublait sur la file de gauche, le pneu arrière droit éclate et nous parvenons par miracle à nous immobiliser sur la bande d’arrêt d’urgence. Seulement dans la précipitation, on manque d’accrocher un membre de la FIA qui gentiment, s’immobilise derrière nous pour prévenir du danger. On change la roue et on repart pour de bon en comptant chaque kilomètre qui nous sépare d’Exponor. Nous arrivons à temps et exultons enfin d’avoir terminé cette journée éprouvante. Petit debriefing avec notre équipe qui n’en revient toujours pas de toutes ces péripéties. Cette fois nous ne prenons pas de risques et je place la DS3 devant le panneau d’entrée de zone pour éviter une nouvelle session de poussette. Nous voici enfin à notre domicile, satisfaits de cette journée qui s’annonçait dévastatrice pour nous novices, qui l’a été, mais qu’on a su surmonter avec la deuxième place en guise de récompense. Demain la journée sera courte mais pas moins stressante.

Rallye du Portugal-18

Quatrième et dernier jour de course ici au Portugal. Le genre de journée qu’on souhaite finir très vite dans notre position. Elle a d’ailleurs très bien commencé puisqu’en sortant du parc ce matin, la voiture a démarré sans problème. En guise d’apéritif et après un long routier, nous nous retrouvons au départ de Fafe, le mythe, accompagnés de toutes ces images qui nous obsèdent. L’organisation nous donne cependant l’occasion de peaufiner nos notes puisqu’elle décide de neutraliser la spéciale après la sortie de Ketomaa. On prend le temps d’admirer cette foule incroyable sur les derniers kilomètres du parcours en ayant en tête que c’est toujours une spéciale de moins qui nous sépare de l’arrivée. Je sais, c’est criminel de dire des choses pareilles lorsqu’on est au départ d’une des plus belles spéciales du monde mais pour l’heure nous visons autre chose que le saut le plus long.

Rallye du Portugal-19

Les 32km qui nous attendent sont pourtant bien plus traitres. Un mauvais rythme d’entrée et c’est la punition au chrono. Il faut donc trouver le juste milieu entre rester concentrés et jouer la prudence et lorsqu’on voit notre temps à l’arrivée on est plutôt soulagé. Gilbert plus expérimenté roule encore sur un bon rythme mais nous sommes 34s plus rapides qu’Haapamäki ! Cette fois la seconde place ne peut plus nous échapper. Pour le coup Pierre Louis m’a impressionné car sans réel référentiel, il a facilement ajusté son curseur sur 75%. Pas d’assistance, mais un petit parc fermé pour déterminer les ordres de passage dans la Power Stage.

Rallye du Portugal-20

Au moment de faire mes pressions, soit à 8min d’aller pointer, j’entends la valve du pneu avant droit qui perd de l’air en continu. Pas le temps de lambiner : je décide de changer la roue et Pierre Louis alors déjà bien harnaché dans son baquet se précipite pour venir m’aider. Sans se bousculer, on règle le problème et on vient se placer au départ, rassurés. On aurait pu perdre très gros avec cette valve défaillante dans la spéciale … Le mythe est avalé à allure d’escargot, tous les virages sont assurés, rien ne passe à fond, on dirait que les notes se sont transformées mais comment pourrait-il nous reprendre plus de 2min en 11km ? On décolle à peine les 4 roues à Fafe et nous franchissons enfin cette ligne d’arrivée tant attendue.

Rallye du Portugal-21

On exulte alors, si heureux d’avoir réussi ce petit exploit, largement amplifié du côté de Colin Clark qui n’en revient toujours pas des prouesses de Pierre Louis. Les réponses en anglais sont fluides, presque naturelles. On s’immobilise plus loin pour retirer une dernière fois nos casques et on a plus qu’une seule envie : vite rentrer à l’assistance pour officialiser tout ça. La liaison est incroyablement longue, interminable mais cette fois pas d’évènements surprises ou de pneu qui éclate. On arrive à bon port, dans les temps, le sourire jusqu’aux oreilles et vidés il faut le dire. Dernier pointage, dernière assistance, dernier parc, quand je rends mon carnet, je rends aussi toute ma responsabilité, ma pression et j’officialise enfin cette seconde place incroyable. L’ambiance dans l’équipe était exceptionnelle, qui aurait pu rêver d’une telle entrée en matière ?

Petit bémol pour la remise des prix seulement accordée aux premiers : pas de coupe, ni de podium et encore moins de champagne. Un peu léger quand on roule dans une formule de promotion badgée FIA non ? Heureusement nos souvenirs eux sont gravés pour longtemps dans nos esprits et j’espère pouvoir les alimenter encore longtemps, à commencer par la Pologne, notre prochaine manche.

Rallye du Portugal-22

Je ne pourrais terminer ce premier carnet de 2015 sans remercier et tirer un grand coup de chapeau à Pierre Louis pour son implication, son travail et son talent lors de ces deux premiers rallyes. Savoir garder la tête froide, rester concentrer, attaquer quand il le faut, analyser, et me rassurer aussi parfois sont des choses rares pour un novice des rallyes mondiaux. Voir des rallyes tout court. J’en profite également pour remercier la supportrice numéro 1, la grande sœur Cyrielle, qui adosse tout un tas de rôle pendant les semaines de course, de la maman, à la secrétaire pour relayer l’info, à l’ostéopathe ou la psychologue. C’est important pour un jeune pilote d’être soutenu par ses proches. Merci aussi à Nicolas sans qui tout ça n’aurait été qu’un rêve, à toute l’équipe PH Sport pour le boulot extraordinaire tout au long de l’année, à Bernard, Coralie, Anne-Sophie, Damien, Patrick, Xavier, Julien et tous les autres qui ont su nous mettre dans les meilleurs dispositions et nous aident au quotidien pour donner le meilleur. Enfin, merci à la famille, aux proches, aux amis qui vivent cette passion dévorante par procuration et qui nous gardent les pieds sur terre.
Une terre qui sera bientôt polonaise …

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Erik AGOSTINELLI Après un passé de technicien responsable d’exploitation en Circuit (Formule 3, GT) en Rallye (Clio R3) et en karting jumelé à des expériences de pilote d’essais, je me tourne aujourd’hui vers une nouvelle perspective de carrière avec la création de Racing Management (www.racing-management.fr), société de communication spécialisée dans le sport automobile.

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